PHÉNOMÈNE


PHÉNOMÈNE
PHÉNOMÈNE

L’usage courant du français d’aujourd’hui serait de désigner par le terme de phénomène l’élément matériel d’un fait empirique. Dans cette tendance subsiste l’influence de la conception kantienne de l’Erscheinung qui situe dans le temps ou dans l’espace l’apparition de l’objet de l’expérience. Mais, dans la mesure même où cette perspective suppose la distinction entre le contenu empirique du phénomène et la construction du phénomène selon une forme a priori qui dépend de l’entendement, on voit que la référence au terme de phénomène renvoie à un problème philosophique antérieurement soulevé: celui de la correspondance entre la nature effective de l’objet empirique et l’apparence phénoménale que lui confère la perception qui s’efforce de s’en emparer. Pour étudier le concept de phénomène, il est indispensable de remonter, par-delà ces présupposés philosophiques, à l’origine scientifique ou même préscientifique du terme. Alors, on constate que le terme de phénomène a d’abord correspondu au statut que les penseurs grecs, prédécesseurs ou contemporains de Socrate, assignaient au perçu; ensuite, au fur et à mesure que progressait la réflexion philosophique, ce modèle scientifique archaïque ainsi que le terme qui le dénommait ont servi à définir une attitude philosophique imitant l’ancienne position scientifique: alors que la physique et la physiologie anciennes tenaient le phénomène pour une réalité matérielle mixte produite par la synthèse de la lumière propre à l’objet sensible et au sens, la philosophie a, sur un plan non plus expérimental mais proprement spéculatif, posé le problème de la nature du perçu en termes de relation d’un objet et d’un sujet. Définir le concept de phénomène et mettre en relief son importance dans l’histoire de la pensée occidentale, cela revient à indiquer comment un concept scientifique archaïque a pu, au regard de la philosophie, remplir la fonction de modèle au point qu’un concept élaboré par les pythagoriciens et repris par les sophistes, par Platon et par Aristote a constitué le type selon lequel Kant a formulé le problème de la connaissance sensible sous une forme critiquée ensuite par Hegel, puis par la phénoménologie husserlienne.

1. La conception ancienne du phénomène

La perception sensible

Imaginons d’abord en quels termes la science archaïque, ayant à résoudre le problème de la mise en rapport d’un objet sensible, empirique et extérieur avec le sens ou la conscience interne propre à un sujet, a pu poser le problème de la perception dont la solution engageait le philosophe sur la nature de la rencontre de l’homme avec le monde. Trois hypothèses se présentaient. Ou bien l’on faisait dépendre le sentir du seul sujet, et alors le plus important dans la vision, par exemple, pouvait être pour un pythagoricien comme Alcméon (d’après Théophraste) la lumière issue de l’œil; on sait que l’œil vivant contient un feu que ne renferme pas l’œil mort ou l’œil aveugle, et que l’œil des oiseaux de nuit illumine les objets sur lesquels se pose leur regard. À l’inverse, on pouvait concevoir, comme les épicuriens et dans une certaine mesure les cyrénaïques, que l’objet est la cause efficiente et directe de l’impression subie par le sens; le toucher, la vue, l’ouïe, etc., seraient passivement affectés par la présence extérieure de l’objet, dont le contour, la configuration ou l’image s’impriment en l’âme par l’effet d’une impression qui intériorise cette présence. Cependant, l’une et l’autre de ces thèses ont peu d’adhérents. On trouverait dans les témoignages anciens des arguments qui permettent de penser que, d’une part, les pythagoriciens n’ont pas systématiquement professé que la perception relevât seulement du sens, et que, d’autre part, la conception de l’impression ou de l’affection, partagée par les cyrénaïques, ne décrit pas l’état d’une conscience ou d’un sens purement passif. En fait, la théorie la plus répandue est celle qui fait du perçu un être mixte, désigné par le terme de phénomène.

La nature physique du phénomène

Les témoignages les plus significatifs relatifs à la nature physique du phénomène chez les Anciens ont été conservés par Platon et par Aristote. Platon emprunte cette théorie de la perception à Empédocle (Timée , 45 b et 67 c) et à Protagoras (Théétète , 156 e-158 b). Aristote connaît cet examen par Platon de la thèse de Protagoras (Métaphysique , B, IV, 999 b 3) et la reproduit pour la critiquer (ibid., 臨, IV-VI et K, VI). Au commencement du IIIe siècle de notre ère, Sextus Empiricus reprendra, touchant Protagoras, une tradition identique (Hypotyposes pyrrhoniennes , I, 216-219). Tous ces témoignages présentent l’image concordante du phénomène comme une réalité physique engendrée dans l’espace intermédiaire entre le sens et l’objet sensible par la disposition du sens et par la nature de l’objet. Ainsi, toujours dans le cas de la vision, on ne saurait dire que l’œil qui perçoit la blancheur entre directement en contact avec l’objet blanc. La cause de la blancheur qui est dans l’objet et la lumière en provenance de l’œil engendrent, à la rencontre de leur flux, dans la transparence diaphane du jour, un corps physique qui est le phénomène de la blancheur. Alors l’œil se remplit de blancheur et l’objet sensible devient lui-même blanc, objet sensible et sens reconnaissant mutuellement, à travers l’image de ce rejeton physique, la part qui revient dans cette génération à leur conjoint inconnu. Disons, pour être tout à fait clair, que les Grecs ont conçu la génération du phénomène comme unissant un père et une mère condamnés à ne jamais se voir et à ne se reconnaître l’un l’autre que dans le portrait de leur enfant. Telle est l’explication scientifique proposée par les Anciens au problème de la perception des objets sensibles: la conséquence épistémologique en est que la nature physique de l’objet n’est jamais connue en soi, tel que l’objet est en lui-même, mais se trouve appréhendée par un intermédiaire physique désigné sous le nom de phénomène. Déjà, avant Socrate, Anaxagore professait que le phénomène est ce que la vision appréhende de la réalité en soi obscure des choses, en se fondant sur une analyse de type atomiste des réalités sensibles dont l’apparence dissimule la présence cachée d’éléments imperceptibles. De même, au IIIe siècle après J.-C., le néo-platonicien Plotin constate (Ennéades , II, IV, 5) que le fond des choses est obscur et masqué par la luminosité de la surface. Le clair, le perçu s’interposent entre le sens et le fond occulte de la chose matérielle.

Le relativisme

En même temps que se construit cette explication scientifique, s’élabore sur le même modèle un schéma philosophique: à la réalité physique du phénomène correspond le statut philosophique du relatif. En tant que produit mixte, le phénomène est un relatif. La catégorie du relatif étend à toutes choses le statut de cette médiation. Pour le sophiste Protagoras, toutes les choses sont relatives. De même que les sens du porc, du cynocéphale ou du tétard de grenouille mesurent la qualité phénoménale de l’objet empirique, de même le logos humain impose à toutes choses sa mesure. Mais, alors que Protagoras bornait toute réalité à l’univers sensible et changeant des phénomènes (et en cela il sera suivi par les sceptiques pyrrhoniens), Platon et Aristote considèrent que cette analyse ne vaut que pour le monde sensible et qu’il existe des réalités intelligibles et universelles, formes séparées pour Platon, genre et espèce immanents aux individus pour Aristote, et qu’à défaut des sens l’entendement et l’activité dianoétique peuvent saisir ou voir d’une manière spéculative ou théorétique. Après l’Académie et le Lycée, les stoïciens, qui pour leur part reviendront à un strict empirisme, et par conséquent refuseront l’existence d’intelligibles, devront s’efforcer de justifier que l’imagination est à même, dans la plupart des cas, d’imaginer correctement ou d’appréhender la cause de la représentation phénoménale pour procurer une «représentation compréhensive». Contre eux, les académiciens puis les sceptiques développeront les arguments destinés à montrer que, quoi qu’on fasse et quoi que prétendent les dogmatiques, notre perception des réalités mondaines demeure toujours marquée par un relativisme originel.

Pourtant, chez Aristote, le concept de phénomène avait pris un double sens: à la fois celui de donné empirique et d’interprétation de ce donné. Mais ces deux sens demeuraient liés, parce qu’il estimait que l’opinion courante et la plus universellement répandue était constituée selon une structure non contradictoire: parce que généralement non contredite, l’opinion le plus souvent partagée respecte la loi de non-contradiction qui est propre à la réalité essentielle. En ce sens, l’opinion coïncide avec le fait puisque le fait échappe à la contradiction; l’opinion non contredite restitue, au niveau de la pensée commune, les articulations et le relief propres au paysage du réel.

Mais cette conception aristotélicienne est, de l’aveu même de son auteur, une réaction contre le relativisme; car qui dit relativisme dit impossibilité de constituer une science portant sur l’universel.

2. La conception moderne du phénomène

Kant

Au XVIIe siècle, au moment du renouveau de la philosophie moderne, le terme de phénomène désigne les faits empiriques. Ce sens est manifeste chez Descartes et Leibniz. Mais, chez ces deux auteurs, le phénomène ne correspond pas à des réalités empiriques prises en dehors de la pensée qui les situe, en éprouve l’expérience et les reconnaît comme présentes pour l’esprit humain qui les pense. Ainsi, bien que l’accent porte principalement sur le donné empirique inhérent aux phénomènes réels, par opposition aux phénomènes imaginaires, la participation de l’entendement et, qui plus est, de l’esprit humain tout entier est reconnue comme partie prenante dans l’élaboration du phénomène. Le schéma philosophique proposé par l’Antiquité survit, à la double différence près que le phénomène n’est plus un corps matériel et que la pensée du phénomène ne débouche plus sur un relativisme professé à l’égard des objets de l’expérience.

C’est à Kant que revient le mérite d’avoir défini le statut moderne du phénomène. Le phénomène, dit-il, est ce qui apparaît (erscheint ) dans le temps ou dans l’espace et est un objet d’expérience. Mais être objet d’expérience, possible ou accomplie, et apparaître dans le cadre de l’intuition sensible rapportent cette expérience au mode d’intuition du sujet, de telle sorte que l’objet, manifesté comme phénomène, est distinct en tant que tel de ce qu’il est comme objet en soi. D’autre part, sans l’entendement, seul capable, en se réglant sur l’unité des catégories, de penser à titre d’objets les choses qui apparaissent à nos sens, le phénomène ne saurait être fondé. Par conséquent, ce statut du phénomène se règle sur le statut grec du phénomène comme produit mixte, ce qui suppose que la chose en soi persiste en tant que chose inconnue dont seule la constitution phénoménale est appréhendée. «Si, comme il convient, écrit Kant, nous ne considérons les objets des sens que comme de simples phénomènes, cependant nous reconnaissons aussi par là qu’ils ont comme fondement une chose en soi, bien que nous ignorions comment elle est constituée en elle-même et que nous n’en connaissions que le phénomène, c’est-à-dire la façon dont nos sens sont affectés par cette chose inconnue» (Prolégomènes ). Par conséquent, l’appréhension et la constitution du phénomène sont à la fois liées au mode d’intuition de la sensibilité et à la forme d’intellection synthétique et unifiante des catégories de l’entendement. En tant qu’apparaissant aux sens, les phénomènes relèvent de l’intuition sensible et s’opposent par là aux noumènes purement intelligibles; en tant que réels et non réductibles à des apparences, ils sont quelque chose de réellement donné. Mais la sensibilité et l’entendement demeurent impuissants à saisir autre chose que la manière dont la sensibilité pâtit par la présence de la chose extérieure qui, telle qu’elle est en soi, demeure insaisissable. On voit pour quelles raisons la philosophie critique de Kant a pu, quoique injustement, être interprétée comme un scepticisme. D’une part, elle refuse au noumène la possibilité d’une connaissance positive et en fait un «concept limitatif»; car le noumène, en tant qu’objet d’intuition, ne saurait être que l’objet d’une intuition non sensible, ce qui est impossible. D’autre part, la chose en soi est, du fait même du caractère synthétique de l’élaboration du phénomène, placée en dehors de toute relation à un acte de connaissance, c’est-à-dire à une expérience possible. Il suffira, à Renouvier par exemple, de considérer que la réalité des noumènes n’est que nominale pour tirer de Kant une philosophie réduisant toute existence à celle des phénomènes au sens kantien, et qui portera le titre de phénoménisme.

La notion de phénoménologie

Le mot de phénoménologie, sans doute créé par J. H. Lambert (Neues Organon , 1764), signifie théorie de l’apparence. La conclusion de Lambert est que le monde des corps ne se montre à nous que comme une apparence. La formule précédait de dix-sept ans la première édition de la Critique de la raison pure . Par quel retournement la phénoménologie devait-elle prendre ensuite un sens diamétralement opposé au relativisme et au phénoménisme?

Lorsque Hegel élabore la Phénoménologie de l’Esprit et définit la phénoménologie comme «science de l’expérience que fait la conscience», il estime que ce que la conscience expérimente, c’est le mouvement par lequel elle passe de la simple conscience sensible comme telle à la conscience en soi. Au commencement, la conscience n’est que certitude simple, conscience sentante. L’objet qu’elle appréhende ensuite dans la perception est constitué, comme chez Kant, par une liaison et une unité de déterminations de la pensée qui introduisent l’universalité dans le réel. Ainsi, l’objet intellectualisé dans la perception fait place à la loi, parce que c’est l’entendement qui est la vérité de la perception.

Mais, lorsque la conscience fait ainsi retour à elle-même dans cette intellectualisation de l’objet, elle devient capable d’entrer en possession de cet objet qui n’est pas différent d’elle-même. Ainsi, la conscience simple devient conscience de soi. Or, dans son immédiateté, elle désire subjectivement l’objet et s’affirme par là comme individuelle. Pour que cette conscience individuelle de soi accède à l’universalité, il faut qu’intervienne la médiation de sa reconnaissance par une autre conscience. Ce processus est décrit dans la dialectique du maître et de l’esclave. Alors la conscience de soi universelle affirme qu’elle se connaît elle-même dans l’autre moi: elle est la raison universelle dans laquelle se reconnaissent les individus.

Une telle démarche retrouve le schéma, à la fois grec et kantien, de la participation de l’extérieur et de l’intérieur, ou de l’objectif et du subjectif, à l’élaboration du phénomène. Mais cette distinction n’est que momentanée, car le sujet qui pense l’objet a en réalité lui-même pour objet. Certes, l’objet extérieur apparaît d’abord comme un autre et un négatif qui me limite lorsque je le rencontre; mais, lorsque la pensée vient à penser cet autre négatif, alors son objet devient l’objet idéal et dialectique dans lequel sont conservés le moment de la conscience intérieure et le moment de l’objet extérieur, de sorte que, selon la découverte profonde d’Aristote, c’est la pensée qui se pense elle-même. Hegel l’exprime dans la Phénoménologie en disant que la substance est sujet, c’est-à-dire que le monde est une émanation de la subjectivité humaine; mais c’est la fonction de la philosophie de réaliser cette vocation de la substance, qui consiste à prendre conscience de l’esprit du monde ou du monde comme esprit.

Ainsi conscience, conscience de soi puis raison constituent-elles les trois étapes de l’expérience que fait la conscience.

Il est impossible de prétendre suggérer de manière exacte, en quelques lignes seulement, l’idée husserlienne de phénoménologie, qui a du reste évolué. Disons que Husserl reprend à son compte la critique hégélienne de la position de Kant. Il refuse que les catégories de l’entendement précèdent a priori l’expérience pour la fonder. L’expérience est précédée par la foi en l’existence de quelque chose de réel. Mais ce principe ultime de toute réalité, que la vision des essences se propose d’atteindre, est-il lui-même véritablement saisi, dans la mesure même où il précède tout savoir et toute expérience? Si l’on considère la phénoménologie comme système, c’est l’intersubjectivité transcendantale qui fonde la réalité. Le champ du transcendantal, décrit par la «réduction phénoménologique» transcendantale, constitue l’essence de la conscience, qui est aussi son énigme. Husserl rompt avec Hegel dans la mesure où il refuse d’identifier conscience et conscience de soi, c’est-à-dire d’affirmer qu’il n’existe qu’une réalité se manifestant selon divers moments. Mais c’est en quelque sorte pour s’installer de nouveau dans la problématique jadis ouverte par la conception que les Grecs ont forgée du phénomène.

Cette approche de la notion de phénomène débouche sur trois catégories de problèmes, et, premièrement, sur un problème historique: comment la philosophie a-t-elle pu se nourrir d’un concept scientifique non philosophique et conserver comme philosophiques, après que le problème scientifique eut été réglé, les formes dans lesquelles se trouvait posée la relation du sens et de la conscience avec le monde?

Deuxièmement, à cette question se rattache un problème de droit: est-il légitime d’user en un autre sens de catégories élaborées par la pensée scientifique archaïque? Au moins est-il nécessaire, si l’on entend encore en faire usage, de savoir que le concept de phénomène n’a plus aujourd’hui qu’un sens métaphorique et que sa signification réelle était radicalement différente.

Troisièmement, le problème philosophique posé par la permanence des préoccupations relatives aux phénomènes renvoie à la question insoluble du rapport de la pensée avec le monde pensable ou non. La tâche de la philosophie devient alors de savoir en quels termes plus féconds ce problème doit être posé et si, à côté du positivisme moderne, qui réduit la réalité aux relations phénoménales, d’autres perspectives demeurent encore ouvertes.

phénomène [ fenɔmɛn ] n. m.
• 1554 astron.; gr. phainomena « phénomènes célestes », de phainesthai « apparaître »
1(XVIIe) Tout ce qui se manifeste à la conscience, que ce soit par l'intermédiaire des sens (phénomènes extérieurs, physiques, sensibles) ou non (phénomènes psychologiques, affectifs). 2. fait. Phénomène naturel. Phénomènes et essence des choses. apparence. Relations entre les phénomènes : lois du déterminisme. Phénomène (cause) qui en produit un autre (effet). « Bouvard doutait des causes. — De ce qu'un phénomène succède à un phénomène, on conclut qu'il en dérive. Prouvez-le » (Flaubert). Phénomène accessoire. épiphénomène. Phénomène normal, inquiétant, inexpliqué. Il s'est produit un phénomène étrange, un curieux phénomène. Phénomènes électriques, magnétiques, physiologiques, psychiques. aussi expérience , observation. Phénomènes nerveux. manifestation. Phénomènes économiques, sociaux, moraux. Philos. Chez Kant, Tout ce qui est objet d'expérience possible, qui apparaît dans l'espace et dans le temps (opposé à noumène).
2(XVIIIe) Fait, événement anormal ou surprenant; chose ou personne rare, extraordinaire. merveille. Berlioz, le phénomène le plus prodigieux de la musique du XIXe siècle. « Toutes les femmes regardaient Lucien comme un phénomène » (Balzac) .
Individu anormal. Phénomène qu'on montre dans les foires. monstre. Fam. Individu, personne bizarre. excentrique, 2. original. Un drôle de phénomène. Quel phénomène ! « Non, c'est impayable, il n'y a que toi, tu es un phénomène ! » (Zola).

phénomène nom masculin (grec phainomena, ce qui apparaît) Fait naturel constaté, susceptible d'étude scientifique, et pouvant devenir un sujet d'expérience : Les météores sont des phénomènes naturels. Le phénomène de la radioactivité. Fait observé, en particulier dans son déroulement ou comme manifestation de quelque chose d'autre : La dénatalité est un phénomène des sociétés développées. Personne, chose qui se fait remarquer par son caractère extraordinaire, singulier, exceptionnel : Bach, un phénomène de la musique ; suivi d'un nom sans article : Étudier le phénomène Bach. Personne qui sort de l'ordinaire, qui surprend par son originalité, son caractère excentrique : Un drôle de phénomène, ce garçon. En apposition, indique qu'il s'agit de quelque chose qui a un caractère exceptionnel : La deux-chevaux, voiture phénomène. Individu anormal, monstre : Un phénomène qu'on montre dans les foires. Ce qui apparaît à la conscience, ce qui est perçu par les sens ; chez Kant, ce qui relève du monde sensible, par opposition à noumène. ● phénomène (expressions) nom masculin (grec phainomena, ce qui apparaît) Regarder quelqu'un comme un phénomène, le regarder avec étonnement, curiosité. ● phénomène (synonymes) nom masculin (grec phainomena, ce qui apparaît) Fait observé, en particulier dans son déroulement ou comme manifestation...
Synonymes :
Personne, chose qui se fait remarquer par son caractère extraordinaire...
Synonymes :
- phénix
Personne qui sort de l'ordinaire, qui surprend par son originalité...
Synonymes :
- énergumène
- lascar (familier)
- loustic (familier)
- olibrius (familier)
- ostrogoth (familier)

phénomène
n. m.
d1./d Tout fait extérieur qui se manifeste à la conscience par l'intermédiaire des sens; toute expérience intérieure qui se manifeste à la conscience. Phénomène sensible, affectif. Phénomène d'hystérie collective.
|| PHILO Chez Kant, tout ce qui est l'objet d'une expérience sensible, appréhendé dans l'espace et dans le temps et, donc, se manifestant à la conscience (par oppos. à noumène).
d2./d Tout ce qui apparaît comme remarquable, nouveau, extraordinaire. Le succès de ce livre est un phénomène inattendu.
d3./d Fam. Personne excentrique.

⇒PHÉNOMÈNE, subst. masc.
I. A.PHILOS. et lang. des sc.
1. Au sens large. Ce qui apparaît, ce qui se manifeste aux sens ou à la conscience, tant dans l'ordre physique que dans l'ordre psychique, et qui peut devenir l'objet d'un savoir. Nous donnerons (...) le nom de phénomène à l'apparence vraie, c'est-à-dire à celle qui a toute la réalité externe que nous lui attribuons naturellement (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p.7). Un fait est en quelque sorte un phénomène arrêté, précis, déterminé, ayant des contours que l'on peut saisir et dessiner: il implique une sorte de fixité et de stabilité relatives. Le phénomène, c'est le fait en mouvement, c'est le passage d'un fait à un autre, c'est le fait qui se transforme d'instant en instant (P. JANET, La Crise philos., Paris, Germer-Baillière, 1865, p.56). V. accident ex. 1 et irréfléchi ex. 2:
1. Les êtres et les choses, et les différentes combinaisons, qui, désignées sous le nom de phénomènes, faits, événements, s'établissent entre eux dans le temps, forment ensemble comme une étoffe que la main régulièrement tire de son rouleau.
CLAUDEL, Art poét., 1907, p.132.
2. Ce que l'on observe ou constate par l'expérience et qui est susceptible de se répéter ou d'être reproduit et d'acquérir une valeur objective, universelle. Synon. fait (scientifique). [Newton] apprit aux hommes à n'admettre, dans la physique, que des théories précises et calculées, qui rendissent raison non seulement de l'existence d'un phénomène, mais de sa quantité, de son étendue (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p.176). Plus le phénomène est précisé scientifiquement, et plus il est un produit d'abstraction, et plus il s'écarte de l'idée primitive d'une donnée sensible, d'une idée imposée à l'esprit par la perception passive et contrainte, sans qu'hypothèses et raisonnements ne lui aient composé la majeure partie de sa signification (L. WEBER, Vers le positivisme abs. par l'idéalisme, 1903, p.220). Essaie de concevoir un monde étrange où l'approche, la prévision du phénomène, a tous les effets du phénomène: —où les hasards redeviennent comme mûs désormais dans une loi: où l'improbable devient, par une conséquence de sa production une seule fois, le probable (VALÉRY, Tel quel II, 1943, p.279). V. affirmer ex. 23, arbitrairement ex. 1, cause2 ex. 16, condition ex. 11, conscience ex. 12, inscrutable ex.:
2. Nous ne voulons pas tirer la morale de la science, mais faire la science de la morale, ce qui est bien différent. Les faits moraux sont des phénomènes comme les autres; ils consistent en des règles d'action qui se reconnaissent à certains caractères distinctifs; il doit donc être possible de les observer, de les décrire, de les classer et de chercher les lois qui les expliquent.
DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p.XXXV.
SYNT. a) ) Analyser, comprendre, élucider, étudier, examiner, illustrer, interpréter, isoler, mesurer, noter, prévoir, rencontrer, souligner un phénomène; mettre en évidence, en lumière un phénomène; être en face d'un phénomène; rendre compte d'un phénomène. ) Déclencher, obtenir un phénomène; influencer, accélérer, limiter, endiguer, enrayer un phénomène; devenir/ être le siège d'un/de phénomène(s); engendrer un phénomène. b) Un phénomène se déclare, se produit, s'opère, se déroule, s'accomplit; un phénomène s'accentue, s'accroît, s'aggrave, s'amplifie, décline, cesse, disparaît; un phénomène évolue, varie, continue, persiste, se répète, se généralise, se propage. c) Authenticité, intensité d'un phénomène; antécédents, aspects, causes, circonstances, clé, conséquences, incidences, phases, résultat d'un phénomène. d) Au plur. Comparaison, détermination, maîtrise des phénomènes; connexion, enchaînement, liaison, mécanisme, série, succession des phénomènes; catégorie, classe, groupe, ordre de phénomènes; cycle de phénomènes.
[Suivi d'un adj. déterminatif indiquant]
♦[le caractère, la qualité du phénomène] Phénomène simple, complexe; phénomène caché, étrange, mystérieux, occulte; phénomène perturbateur; phénomène aberrant, accessoire, accidentel, marginal, universel; phénomène spontané/provoqué, réversible, stable; phénomène rapide, régulier, violent; phénomène constant, cyclique, éphémère, fréquent, saisonnier, sporadique, temporaire, transitoire; phénomène général, local. Depuis les analyses de Durkheim, le crime est reconnu comme un phénomène normal, c'est-à-dire que la criminalité n'est pas un fait accidentel et ne procède pas de causes fortuites (Traité sociol., 1968, p.213):
3. Les forces intérieures de la terre se traduisent ou bien par des phénomènes très lents, très peu sensibles, mais de très longue durée: exhaussements, affaissements, plissements; ou bien par des phénomènes brusques: tremblements de terre, éruptions volcaniques.
BRUNHES, Géogr. hum., 1942, p.3.
♦[sa nature] Souvent au plur. Assimiler un phénomène humain à un phénomène naturel, c'est trahir son sens (Philos., Relig., 1957, p.38-5).
Dans le domaine des sc. de la nature. Phénomène acoustique, optique, tactile; phénomène atmosphérique, climatique, cyclonique, glaciaire, marin; phénomène gazeux, karstique, lumineux, mécanique, nucléaire, ondulatoire, radioactif, thermique, vibratoire. La lumière, d'après Maxwell, est un phénomène électromagnétique périodique (H. POINCARÉ, Hyp. cosmogon., 1911, p.239). En huit familles les minéralogistes ont classé des dizaines de types de roches éruptives. Il ne faudrait pas croire que ces roches ne jaillissent des profondeurs que par des phénomènes volcaniques (COMBALUZIER, Introd. géol., 1961, p.70).
Dans le domaine des sc. de l'homme. Phénomène moral, politique; phénomènes inconscients, métapsychiques, paranormaux, télépathiques; phénomènes électoraux, financiers, monétaires. Les phénomènes sociaux de tout ordre —religieux, juridiques, économiques, et autres —ne nous sont fournis que par des témoignages oraux ou écrits (LÉVY-BRUHL, Mor. et sc. moeurs, 1903, p.117). La psychologie expérimentale s'attache à appliquer les méthodes de mesure à l'examen des phénomènes mentaux, sensoriels et psychomoteurs (VILLEMER, Organ. industr., 1947, p.123). L'étude de la structure socio-professionnelle (...) donne les éléments essentiels de la comparaison avec les phénomènes électoraux qui constitue l'essentiel de toute étude du comportement électoral (Traité sociol., 1968, p.55).
♦[la discipline sc. dont il relève] Phénomène astronomique, géologique, géochimique, géographique, hydrologique, météorologique; phénomène physiologique; phénomène linguistique, psychologique, sociologique. Jamais (...) un phénomène historique ne s'explique pleinement en dehors de l'étude de son moment (M. BLOCH, Apol. pour hist., 1944, p.8):
4. Des phénomènes physiques ou chimiques aux phénomènes biologiques il n'y a point de transition de théorie; il n'y a que des rapports de fait, et tels qu'il en existe entre toutes les catégories possibles.
RENOUVIER, Essais crit. gén., 3e essai, 1864, p.90.
[Suivi d'un compl. prép. de indiquant]
♦[la nature d'un processus, d'un ensemble de phénomènes, de manifestations]
Dans le domaine des sc. phys. Phénomène d'attraction, de capillarité, de diffraction, de gravitation, d'interférence, d'osmose, de propagation, de réfraction, de résonance; phénomène de combustion, de décomposition, de putréfaction. Les phénomènes lents et réguliers de sédimentation, seuls apparents, sont conditionnés par d'invisibles forces éruptives (BERGSON, Deux sources, 1932, p.232). Le phénomène de fission comporte (...) deux caractéristiques principales: la libération d'énergie et la formation de produits radioactifs (GOLDSCHMIDT, Avent. atom., 1962, p.23). V. exosmose ex. de Gide.
Dans le domaine de la méd. Phénomène d'accoutumance, de dégénérescence; phénomène de rejet. Leur excès [d'hormones génitales] en cas de tumeur surrénale est responsable des phénomènes de masculinisation ou d'hirsutisme chez la femme (QUILLET Méd. 1965, p.495).
Dans le domaine des sc. hum. Phénomène d'(auto)suggestion, de clairvoyance, de télépathie. Les (..) phénomènes de voyance et de prémonition dans lesquels Bergson trouvait la justification de sa thèse sur les rapports de l'esprit et de la matière (AMADOU, Parapsychol., 1954, p.35). Dans le domaine des sc. soc. et écon. Phénomène de croissance, d'échange, d'équilibre, d'inflation, de production, de récession, de régression, de relance, de tension; phénomène de colonisation, de migration, de socialisation, d'urbanisation. P. Vidal de La Blache a insisté (...) sur l'importance des faits de population. Mais ces phénomènes de peuplement, comment se révèlent-ils à nous, comment sont-ils même atteints et pour ainsi dire mesurés par les recensements, sinon par l'intermédiaire de l'habitation? (BRUNHES, Géogr. hum., 1942, p.40). V. courant adj. ex. 2.
♦[la réalité ou la loi sc. dont le phénomène est la manifestation, la vérification expérimentale] Phénomène de la pesanteur, de la dissociation de la matière, de la division de la lumière. L'expérience donne le phénomène de la chute des corps, mais l'attraction est une fiction de l'esprit (Cl. BERNARD, Princ. méd. exp., 1878, p.196). V. luminifère A ex. de Bergson.
♦[l'effet, le résultat d'un phénomène observé ou provoqué] On pourrait sans doute reproduire avec les rayons hertziens le phénomène des fontaines lumineuses (H. POINCARÉ, Théorie Maxwell, 1899, p.80). Phénomène de la ligne blanche. Si l'on trace avec un stylet mousse une ligne sur la peau d'une partie du corps dépourvue de poils, en exerçant une pression légère, la pointe du stylet laisse une ligne blanche. C'est le résultat d'une constriction des capillaires (Méd. Biol. t.3 1972):
5. C'est à des fibres musculaires que la peau doit la faculté de se contracter vivement sous l'action du froid ou sous l'influence d'impressions nerveuses. Cette contraction des muscles provoque le phénomène de la chair de poule.
QUILLET Méd. 1965, p.297.
♦[le nom du savant (physicien, médecin, biologiste) qui le premier a décrit une expérience, provoqué un phénomène, qui en a déterminé les causes, la loi, les conséquences] Phénomène de Zeeman, de Faraday. La plupart des produits pétrolifères sont fluorescents en bleu (...) ou en vert (...). La fluorescence est souvent accompagnée du phénomène de Tyndall —diffraction causée par hétérogénéité (CHARTROU, Pétroles natur. et artif., 1931, p.26). Nous avons réalisé (...) un phénomène de Koch pulmonaire, en réinjectant à un cobaye tuberculeux des bacilles dans la trachée (Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946, p.112). V. filtre ex. 3.
3. En partic.
a) PATHOLOGIE
) Le plus souvent au plur. Signe ou ensemble de signes observable(s) d'un trouble, d'une maladie. Synon. manifestation, symptôme. Calmer, prévenir des phénomènes; aggravation, majoration d'un phénomène; phénomène aigu, désagréable, douloureux; phénomènes allergiques, congestifs, convulsifs, délirants, dépressifs, infectieux, inflammatoires, méningés, toxiques. La gourme est contagieuse; les phénomènes critiques qui la traduisent (catarrhes et suppuration) ont pour but de débarrasser l'organisme de certains produits de désassimilation (NOCARD, LECLAINCHE, Mal. microb. animaux, 1896, p.430). V. aggraver ex. 46:
6. Il est possible d'observer également [dans les troubles des réflexes] des phénomènes paralytiques siégeant au niveau des membres inférieurs et prenant l'aspect de la paraplégie spasmodique...
QUILLET Méd. 1965, p.352.
) Phénomène psychosensoriel. Toute perception de données sensorielles perturbées (et qui concerne notamment l'illusion, l'hallucination visuelle). (Ds MOOR 1966, LAFON 1969, MARCH. 1970, Méd. Biol. t.3 1972, CARR.-DESS. Psych. 1976).
b) PHYSIOL., le plus souvent au plur. Changement qui survient dans un organe, dans une fonction. Phénomènes de la circulation, de la nutrition, de la reproduction. La cessation des phénomènes organiques est toujours un sûr indice de la mort générale (BICHAT, Rech. physiol. vie et mort, 1822, p.254). Les phénomènes de la respiration diffèrent extrêmement de la combustion d'une bougie, mais elle lui ressemble réellement par le schéma sous-jacent (RUYER, Esq. philos. struct., 1930, p.237).
c) PSYCHANAL. Phénomène fonctionnel. Phénomène découvert en 1909 par H. Silberer sur les états hypnagogiques, retrouvé par lui dans le rêve et qui consiste dans la transposition en images non du contenu de la pensée du sujet mais du mode de fonctionnement actuel de celle-ci (d'apr. LAPL.-PONT. 1967; ds MARCH. 1970).
d) PSYCHOSOCIOL. Phénomène de groupe. Fait psychosocial vécu par les participants, observable par les observateurs et apparaissant dans un groupe, comme par exemple un silence, un fractionnement en sous-groupes, une rivalité de leaders informels (d'apr. MUCCH. Sc. soc. 1969).
4. P. ext., au sing. [Suivi d'un adj. déterminatif ou d'un subst. en appos.] Ensemble des manifestations liées à une réalité humaine particulière. Il est déjà très important que nous ayions, grâce à la biométrie et à la génétique, acquis une vision nouvelle du phénomène racial (Tiers Monde, 1956, p.111). Le phénomène urbain est (...) au coeur de toute réflexion sur l'aménagement du territoire (Amén. terr., 1964, p.16). Cette suppression [de l'émission «Médicales»] est donc pour le producteur-réalisateur d'abord une fausse analyse du phénomène télévision qui détermine la valeur d'une émission à son taux d'écoute (Le Figaro, 7 juill. 1984, p.28, col. 6):
7. La succession des textes montre comment l'État, prenant conscience du phénomène touristique, a essayé de résoudre les problèmes qui se posaient dans l'esprit traditionnel de notre droit public.
JOCARD, Tour. action État, 1966, p.19.
B.HIST. DE LA PHILOS.
1. [Chez Platon] Ce qui appartient au domaine sensible, existentiel, singulier, instable. (S'oppose à idée, forme, essence en ce qu'il n'a pas de réalité propre). Un phénomène sensible n'est saisi par la conscience qu'en étant subsumé sous un concept, en sorte que la pluralité indéfinie des phénomènes sensibles aperçus sous un même concept représente les manifestations diverses de l'unité de l'Idée (J. MOREAU, La Constr. de l'Idéalisme platonicien, Paris, Boivin, 1939, p.300):
8. Mais ce triple essor vers le vrai, le bien, et le beau, n'est-ce pas ce qui fait l'honneur principal du génie de Platon? Lui aussi abandonne le monde des phénomènes et des apparences, la caverne où se dessinent de pâles ombres, pour aller contempler les réalités absolues, au grand jour de la métaphysique.
OZANAM, Philos. Dante, 1838, p.220.
2. [Chez Hume et les phénoménistes] Donné immédiat de l'expérience (impressions, idées que nous en avons) qui est tenu pour l'unique réalité. Synon. perception. Hume (...) ne se fiant qu'aux seuls phénomènes, a totalement exclu de sa philosophie les substances, que Locke avait déjà fortement entamées (RENOUVIER, La Crit. philos., t.1, 1872, p.385):
9. [Pour Hume] hors de nous, rien, au moins que nous sachions. Au-dessus de nous, personne, dont l'existence et l'action puissent être, nous ne disons pas prouvées, mais seulement conçues. Au dedans de nous, nul centre qui persiste identique à soi, comme un point immobile, parmi l'incessant va et vient des phénomènes. Tout le réel est relégué dans un je ne sais quoi qui passe entre un semblant de moi et un semblant de nature, sous l'empire d'un semblant de causalité.
G. LYON, L'Idéalisme en Angleterre au XVIIIes., 1888, p.462.
3. [Chez Kant] Ce qui nous apparaît dans l'espace et dans le temps. (S'oppose à chose en soi ou à noumène en tant qu'objet d'expérience et à apparence en tant qu'il possède une réalité objective). Un «fait de la raison» est un véritable monstre dans une philosophie comme la sienne [de Kant], où tout ce qui est «fait» appartient au monde des phénomènes, et tout ce qui est «raison» au monde intelligible (LÉVY-BRUHL, Mor. et sc. moeurs, 1903, p.58):
10. Ce qui se présente à nous ou ce qui apparaît dans l'intuition, c'est d'abord le phénomène en tant que diversité sensible empirique (...). Chez Kant, phénomène ne veut pas dire apparence, mais apparition. Le phénomène apparaît dans l'espace et dans le temps: l'espace et le temps sont pour nous les formes de toute apparition possibles les formes pures de notre intuition ou de notre sensiblité.
G. DELEUZE, La Philos. crit. de Kant, 1963, p.10.
4. PHÉNOMÉNOL. (notamment chez Husserl). Tout objet perçu, imaginé ou conçu par la conscience, qu'il existe ou non en dehors d'elle. (N'implique pas de noumène corrélatif). Dans la conscience, l'apparaître n'est pas être, mais phénomène. Ce nouveau cogito, parce qu'il est en deçà de la vérité et de l'erreur dévoilées, rend possibles l'une et l'autre (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p.342). L'intuition phénoménologique, c'est la présence à la conscience de la chose elle-même. (...) L'être dernier, l'être-au-delà-du phénomène, est toujours déjà là dans la perspective de sa manifestation, c'est-à-dire dans le phénomène (G. VARET, L'Ontologie de Sartre, 1948, p.21):
11. On ne saurait assez fortement insister sur l'équivoque qui nous permet de donner le nom de phénomène [it. ds le texte], non seulement au vécu en quoi réside l'apparaître de l'objet (...), mais aussi à l'objet apparaissant comme tel (...). Nous vivons les phénomènes comme appartenant à la trame de la conscience, tandis que les choses nous apparaissent comme appartenant au monde phénoménal. Les phénomènes eux-mêmes ne nous apparaissent pas, ils sont vécus.
E. HUSSERL, Rech. log., trad. par H. Elie, t.2, 1962 [1913], p.148.
II.Lang. cour.
A. —Tout ce qui arrive, se produit, se manifeste et que l'on peut observer sans en connaître ou sans en rechercher obligatoirement la cause. Le phénomène de l'influence des journaux royalistes parmi nous (...) ne cesse de confondre les hommes démocratiques (CHATEAUBR., Polém., 1818-27, p.304). Par un singulier phénomène d'atavisme, le dernier descendant ressemblait à l'antique aïeul (HUYSMANS, À rebours, 1884, p.2). La Libération a vu naître le plus grand nombre de journaux que la France ait jamais connus. Le même phénomène touchait le théâtre et le cinéma (CACÉRÈS, Hist. éduc. pop., 1964, p.153). V. frustré ex. 1, haine A 2 ex. de Faure, indescriptible ex. 2, jouer I B 2 a ex. de Balzac:
12. ... aussitôt que sa mère était en colère, elle devenait laide. Ce phénomène dérangeait cruellement le petit garçon dans les jouissances infinies qu'il tirait de la contemplation du joli visage de sa mère.
DRIEU LA ROCH., Rêv. bourg., 1937, p.108.
[Avec compl. prép. de indiquant]
♦[la nature, l'aspect vécu d'un phénomène] Phénomène du chômage, de la délinquance. Ce que la lutte politique n'avait pas permis ces dernières années, la drogue le réalisait: l'unité d'action de deux groupes jusqu'alors rivaux [nationaliste et autonomiste corse]. On peut même parler d'unanimité, tant le phénomène de la drogue soulève l'émotion des braves gens en Corse (Libération, 14 janv. 1986, p.16, col. 2).
♦[une modalité partic. d'un phénomène coll.] Phénomène de foule; phénomène d'opinion. Ce mouvement de mai [1968] s'expliquerait davantage, selon vous, comme phénomène de civilisation plutôt que comme phénomène politique? (Le Nouvel Observateur, 14 oct. 1968, p.9, col. 2). Le jean permet d'exprimer une personnalité: la sienne. Son secret de longévité: il n'est pas un phénomène de mode mais un style, intemporel et personnel (Madame Figaro, 11 janv. 1986, p.40, col. 2).
Phénomène de masse. Tout comme s'enfle irrésistiblement la masse des connaissances, ainsi croît à un rythme non moins invincible la masse de ceux qui veulent les acquérir. Cependant, ce phénomène de masse à soi seul, modifie considérablement les données des problèmes (ANTOINE, PASSERON, Réforme Univ., 1966, p.119).
SYNT. a) Phénomène banal, coutumier, curieux, important, insolite, paradoxal, remarquable, significatif, unique; phénomène d'actualité. b) Assister à (la naissance d')un phénomène; concentrer son attention sur, contempler, rencontrer, être l'acteur, le témoin d'un phénomène; prédire, redouter un phénomène; un phénomène s'ébauche, se passe, persiste, s'évanouit.
B. —1. Fait naturel qui frappe la vue ou l'imagination. La cataracte de Niagara, phénomène le plus étonnant de la nature terrestre (CRÈVECOEUR, Voyage, t.1, 1801, p.231). Armé du triangle et des autres puissants outils sans corps, il [un captif de la Caverne dans le mythe de Platon] annonce les phénomènes, conjonctions, éclipses (ALAIN, Propos, 1928, p.767):
13. ... les gardes placés à l'entour aperçurent une flamme bleue voltigeant au-dessus de la table sur laquelle le cadavre était étendu (...). Ce phénomène, qui se produit assez souvent sur les cadavres en putréfaction, inspira au peuple une terreur superstitieuse.
MÉRIMÉE, Faux Démétrius, 1853, p.285.
2. Être impressionnant par sa forme, ses dimensions ou ayant une apparence anormale, voire monstrueuse. La série des mastodontes à cornes, boeufs-rhinocéros, hippopotames crochus, sangliers-dirigeables (...). Ces phénomènes se permettaient des cornes sur le front, sous le nez, entre les oreilles, dans les yeux ou sur les joues, comme nous avons des poils, des verrues ou des taches de rousseur (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p.127).
En appos. [Séparé ou non par un tiret] Tout autour [du ring], nus (...) sont assis les lutteurs [japonais] attendant leur tour, des hommes gras et glabres (...) des colosses de 340 livres (...) une humanité phénomène, amoureuse de la grosseur (E. DE GONCOURT, Mais. artiste, t.1, 1881, p.199). Une armoire vitrée, l'armoire aux curiosités, où l'on voit une dent d'ours des cavernes, un petit bouddha en pierre de lard, au milieu de vieux fruits-phénomènes par leurs difformités (GONCOURT, Journal, 1885, p.491).
En partic. Être humain difforme de naissance ou enfant que l'on mutilait volontairement pour l'exhiber ensuite dans une baraque foraine ou dans un cirque. Phénomène de foire; phénomène vivant; montreur de phénomènes; baraque, galerie de phénomènes. Cette vivisection d'autrefois ne se bornait pas à confectionner pour la place publique des phénomènes, pour les palais des bouffons (...) et pour les sultans et papes des eunuques. Elle abondait en variantes (HUGO, Homme qui rit, t.1, 1869, p.26):
14. Freaks, film assez terrifiant. Il est joué par les phénomènes [it. ds le texte] de Barnum. Certains personnages ressemblent à des enfants qu'on verrait dans des miroirs déformants. Un tronc humain roule sur le sol comme un gros ver; au bout de ce tronc, une tête de cinquante ans, qui parle et fume.
GREEN, Journal, 1932, p.110.
En appos. Hélas! ne rions pas; car l'enfant phénomène Est au dernier degré de la misère humaine (COPPÉE, Poés., t.3, 1887, p.36).
C. —1. Fait ou événement rare, exceptionnel, sans précédent. Ses mains crochues par suite de la contraction que l'habitude de tricoter leur avait fait prendre étaient comme un métier à bas incessamment monté: le phénomène eût été de les voir arrêtées (BALZAC, Béatrix, 1839, p.29). De mon temps, une automobile dans un village, c'était un phénomène (ARLAND, Ordre, 1929, p.518):
15. Je m'étais, je l'avoue, imaginé qu'en somme
L'écroulement des rois c'est le sacre de l'homme,
Que nous avions vaincu la matière et la mort,
Et que le résultat de cet illustre effort [la Révolution],
Le Triomphe, l'orgueil, l'honneur, le phénomène,
C'était d'avoir grandi jusqu'aux cieux l'âme humaine
HUGO, Légende, t.5, 1877, p.1031.
2. a) Personne qui fait preuve de qualités exceptionnelles dans ses actes, dans son comportement, qui est connue pour accomplir de grandes performances. Phénomène vocal. Ce Sabatani, toutes les femmes en parlaient comme d'un tel phénomène, on chuchotait sur cette chose si énorme, qu'elle n'avait pu résister à l'envie de voir (ZOLA, Argent, 1891, p.283). Mme Yvonne de Bray est un phénomène des planches. Cette comédienne, grande entre les grandes (...) ne se repose que sur son génie et ne fixe aucune de ses trouvailles (COCTEAU, Foyer artistes, 1947, p.159):
16. Là, commençait à éclore la renommée, d'abord voilée, bientôt populaire, d'un des phénomènes les plus étranges de la littérature française, Béranger, un tribun chantant.
LAMART., Nouv. Confid., 1851, p.313.
[Suivi d'un compl. prép. de indiquant une qualité ou un défaut dans laquelle ou dans lequel une pers. s'illustre particulièrement] Phénomène de désintéressement, d'ingratitude, d'orgueil. Si elle n'est pas le monstre d'astuce et de perversité le plus complet que j'aie jamais vu, elle est certes le phénomène d'innocence le plus merveilleux qu'on puisse trouver (MAUPASS., Contes et nouv., t.2, Yvette, 1884, p.484). V. ingratitude A 1 a ex. de Chateaubriand.
[Dans des loc. figées, sert à exprimer une impression d'excès, de paroxysme, à propos d'une pers. ou de ses actes] Je me demande si personne a jamais travaillé et vécu comme moi. Je trouve que je tourne au phénomène (FLAUB., Corresp., 1878, p.168). Avare d'une avarice tenant du phénomène (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Diable, 1886, p.235).
b) P. ext., qqf. péj.
Individu bizarre, qui ne fait rien comme tout le monde. Synon. excentrique, original. La revanche de Bella sur les hommes s'était poursuivie [pendant ces dix ans]. (...) Un phénomène avait voulu l'épouser, très riche. Il la croyait sans amant. Ce qu'elle s'était vengée de lui! (GIRAUDOUX, Bella, 1926, p.238). Il va nous couvrir de ridicule dans ce pays où l'on nous connaît à peine et où les gens nous regardent un peu comme des phénomènes (DUHAMEL, Nuit St-Jean, 1935, p.183):
17. Tout ce qui était science et esprit scientifique était étranger à la famille, surtout du côté maternel. Ces hommes de loi, beaux esprits et humanistes, étaient perdus devant un problème. On citait, comme un phénomène, un membre de la famille, —un cousin éloigné, —qui était entré au bureau des longitudes. Encore disait-on qu'il en était devenu fou.
ROLLAND, J.-Chr., Antoinette, 1908, p.843.
Pop. ou fam. [Dans un propos rapporté au style dir., le plus souvent dans des loc. figées ou dans des tournures exclam.] (Un) sacré phénomène, espèce de phénomène! Quel phénomène! Synon. numéro; citoyen, type; olibrius, zigoto; pistolet. À cinq heures, à la sortie d'la caserne, mes deux phénomènes se raboulent (BARBUSSE, Feu, 1916, p.263). Vous m'avez l'air encore d'un drôle de phénomène, vous (QUENEAU, Pierrot, 1942, p.194). V. brusque ex. 6:
18. Je le conduisis au Stryx qu'il trouva «funambulesque à ravir» et je lui racontai mes équipées. «Vous êtes un phénomène!» me dit-il en riant.
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p.337.
Prononc. et Orth.:[]. Ac. 1694, 1718: phenomene; dep. 1740: phénomène. Étymol. et Hist. I. 1557 astron. «tout ce qui apparaît de nouveau dans l'air, dans le ciel» (Ph. DE MESMES, Inst. astron., p.64 ds GDF. Compl.: les phenomenes ou apparitions celestes). II. 1. a) 1638 [éd.] «chacun des faits constatés qui constituent la matière des sciences» (DESCARTES, Lettre du 13 juill. ds OEuvres et Lettres, éd. A. Bridoux, p.1014); b) ) 1737 «tout fait extérieur qui se manifeste à la conscience par l'intermédiaire des sens» (ARGENSON, Journal et Mém., éd. E. J. B. Rathery, t.1, p.228: nous assistons à un véritable phénomène en politique); ) 1801 philos. (Ch. de VILLERS, Philos. de Kant, p.354 ds QUEM. DDL t.22); 2. a) 1719 [éd.] «fait qui frappe par sa nouveauté, son caractère extraordinaire» (A. H. DE LA MOTTE, Fables nouvelles, livre V, Fable XIX, p.358); b) ) 1722 phénomène de la nature (en parlant d'une personne) (MARIVAUX, Le Spectateur fr., éd. 1727, p.40); ) 1738 «personne qui surprend par ses actions, vertus, talents`` (ARGENS, Lettres juives, t.4, p.187); ) 1881 «original, individu excentrique» (RIGAUD, Dict. arg. mod., p.288). Empr. au gr. «phénomènes célestes», titre d'un poème d'Aratos sur le cours et l'infl. des astres (IIIes. av. J.-C., d'où Phénomènes d'Arate, en 1554, RONSARD, Bocage ds OEuvres, éd. P. Laumonier, t.6, p.105, 3), de «ce qui apparaît», lui-même dér. de , signifiant «apparaître» en astron. Le b. lat. a également empr. phaenomena, plur. «phénomènes célestes» au gr. Comme terme de philos., phénomène est empr. à l'all. Phänomen, créé par le philosophe all. E. Kant [1724-1804]. Fréq. abs. littér.:6258. Fréq. rel. littér.:XIXes.: a) 7445, b) 13217; XXes.: a) 7866, b) 8449. Bbg. QUEM. DDL t.22.

phénomène [fenɔmɛn] n. m.
ÉTYM. 1554, astron.; grec phainomena « phénomènes célestes », de phainesthai « apparaître ».
1 (1664). Ce qui se manifeste à la conscience, que ce soit par l'intermédiaire des sens (phénomènes extérieurs, physiques, sensibles) ou non (phénomènes psychologiques, affectifs…). || Au sens le plus large, on nomme phénomène tout fait qui peut être objet de connaissance rationnelle, de science. Fait (cit. 36 et supra). || Phénomènes et essence (cit. 4) des choses. Apparence. || Relations entre les phénomènes. Déterminisme (cit. 1), 1. loi (cit. 60 et 63). → Corrélation, cit. 1; enchaîner, cit. 15; exact, cit. 15; exception, cit. 14; indéterminisme, cit. 3. || Phénomène (cause) qui en produit un autre (effet). → Efficient, cit. 1. || Phénomène accessoire. Épiphénomène. || Suite, cycle de phénomènes.
Phénomènes généraux (1. Général, cit. 8). || Phénomène complexe (→ Différenciation, cit. 2; hasard, cit. 30). || Étude des phénomènes par la science. Expérience (cit. 42 et 43), observation (→ Expérimentateur, cit. 1 et 2; observer, cit. 15). || Phénomène explicable (cit. 2). || Phénomène étrange (→ Lévitation, cit.), inexplicable. || Mesure (cit. 1) des phénomènes.Phénomènes de la nature (cit. 48). Physique. || Phénomènes électriques, magnétiques (cit. 4). || Phénomènes économiques (cit. 1); phénomènes étudiés par la démographie (cit. 1), la géographie (cit. 2, 3 et 4). || Phénomènes sociaux, moraux (→ Éthique, cit. 3). || Phénomènes physiologiques (→ Impression, cit. 47), psychiques.Méd. || Phénomène critique; phénomènes nerveux. Manifestation.
1 (…) aucun phénomène observable ne saurait évidemment manquer de rentrer dans quelqu'une des cinq grandes catégories dès lors établies des phénomènes astronomiques, physiques, chimiques, physiologiques et sociaux.
A. Comte, Philosophie positive, I, II.
2 Bouvard doutait des causes. — De ce qu'un phénomène succède à un phénomène, on conclut qu'il en dérive. Prouvez-le.
Flaubert, Bouvard et Pécuchet, VIII.
(1801, in D. D. L.). Philos. Chez Kant, Tout ce qui est objet d'expérience possible, qui apparaît dans l'espace et dans le temps, par oppos. au noumène.Dans la philos. contemporaine. Phénoménologie.
2 (1680). Fait, événement anormal ou surprenant; chose ou personne rare, extraordinaire. Merveille. || Berlioz, le phénomène le plus prodigieux de la musique du XIXe siècle. Miracle (cit. 11), prodige.
3 (…) presque seul en place au milieu des mœurs démocratiques, il (Talleyrand) paraissait un phénomène (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. VI, p. 301.
4 Toutes les femmes regardaient Lucien comme un phénomène. Son impertinence inattendue avait laissé madame du Châtelet sans voix ni réponse.
Balzac, Illusions perdues, Pl., t. IV, p. 1002.
3 (1777). Individu anormal. || Phénomène qu'on montre dans les foires. Monstre (cit. 1).
5 (…) j'ai vécu quelque temps en tête-à-tête avec un phénomène vivant. Elle mangeait, mâchait, broyait, dévorait, engloutissait (…) J'aurais pu faire ma fortune en la montrant dans les foires comme monstre polyphage.
Baudelaire, le Spleen de Paris, XLII.
5.1 Mais tu as une mine superbe, dis-moi, tu sais que tu es un phénomène… tu ne changes pas, tu vivras jusqu'à cent ans, tu seras comme grand-maman Bouniouls… — Grand-maman Bouniouls… non, ma petite Berthe, je ne crois pas, je crois plutôt que j'ai pris un bon coup de vieux ces derniers temps (…)
N. Sarraute, le Planétarium, p. 171.
(Av. 1878). Fam. Individu, personne bizarre. Excentrique, original; → Rabouler, cit. 1.
6 Non, c'est impayable, il n'y a que toi, tu es un phénomène (…) Mais, mon pauvre chien, tu as dû être d'un bête ! Quand un homme ne sait pas, c'est toujours si drôle !
Zola, Nana, VII.
7 « Je suis un phénomène » : « Vous êtes le contraire d'un phénomène. Vous êtes une jeune fille exactement pareille aux autres. »
Montherlant, Pitié pour les femmes, p. 74.
DÉR. et COMP. Phénoménal, phénoménique, phénoménisme, phénoméniste, phénoménologie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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